Saint-Denis

Compte-rendu du débat public citoyen sur les JO : une réussite !

Dimanche 10 mars 2019, un débat public s’est tenu à la Bourse du travail de Saint-Denis sur l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques sur le territoire du 93 en 2024. Voici le compte-rendu des questions et points de vigilance qui ont émergé pendant les trois heures de conversation respectueuse et constructive qui ont eu lieues. Pour chaque interrogation, vous trouverez les propositions des citoyens.  N'hésitez pas à commenter et à apporter votre point de vue et vos solutions.

Dimanche 10 mars 2019, un débat public s’est tenu à la Bourse du travail de Saint-Denis sur l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques sur le territoire du 93 en 2024.

A l’initiative de ce débat, le Comité de vigilance JOP 2024 qui réunit 19 associations :

Etaient présentes : 120 personnes, citoyen.e.s, élus et citoyen.e.s membres de collectifs ou d’associations diverses.

Voici le compte-rendu des questions et points de vigilance qui ont émergé pendant les trois heures de conversation respectueuse et constructive qui ont eu lieues. Pour chaque interrogation, vous trouverez les propositions des citoyens.  

Ceux-ci ont réalisé un travail remarquable de partage de l’information et de contre-propositions, via notamment des cartographies. L’objectif de leur travail reste de co-construire le projet des JO avec les différentes parties prenantes, Etat, intercommunalité, communes et acteurs économiques, afin que tout le monde soit gagnant.

  1. Un constat : des concertations morcelées et anti-démocratiques
  2. Le logement et la spéculation immobilière
  3. Les circulations et les risques sanitaires
  4. Les emplois
  5. L’héritage

1) Un constat : des concertations morcelées et largement anti-démocratique

Le débat public a été l’occasion pour les habitant.e.s de rappeler comment les concertations tenues sur les différents projets sont morcelées et peu honnêtes.

Pour chaque projet autour des JOP, comme par exemple sur le centre aquatique olympique (CAO), sur le village olympique, sur le village des médias, sur l’ouverture de nouvelles bretelles sur l’A86, etc… Des concertations ont eu lieues. Chaque projet était ainsi discuté dans son périmètre, sans prendre de hauteur et donc sans volonté de rechercher la cohérence sur le territoire.

De plus, les multiples acteurs locaux ont présenté aux habitant.e.s des projets déjà ficelés : impossible ou presque d’agir sur quoi que ce soit pour les habitants qui sont sortis de ces phases de concertation avec le sentiment amer que non seulement ils n’étaient pas entendus mais encore qu’il n’était pas du tout question de prendre des décisions ensemble. Le terme de “réunion de concertation” est donc particulièrement inadapté.  

En outre, tous les projets sont très techniques ce qui rend difficile leur compréhension par tous. La pédagogie n’a jamais été de mise dans ses réunions où les multiples acteurs n’ont cessé de se renvoyer la balle et les responsabilités, compliquant la possibilité pour les citoyens de faire valoir légitimement leurs droits.

Il y a pourtant une vraie attente : le débat public du 10 mars a réuni plus de 100 personnes, soit plus de monde que les concertations officielles en moyenne.

Le débat a permis de faire un autre constat : les élus locaux sont en difficulté.  Et cela, pour deux raisons :

  • d’abord parce que la charge de travail que représente la préparation des JOP 2024 est lourde. “C’est l’équivalent d’une journée de travail par semaine”, a indiqué Mohamed Gnabaly, maire de L’ile-Saint-Denis.
  • Ensuite parce que les élus ont perdu en pouvoir. La création de la Métropole du Grand Paris, l’existence de l’échelon intercommunal, ont retiré nombres de pouvoirs aux élus sur les questions de logement, d’aménagement du territoire, sur les questions d’environnement et sur les questions économiques. Soit sur toutes “les grandes questions stratégiques pour le devenir de notre territoire”, a souligné une personne du collectif du Cahier citoyen sur la Métropole du Grand Paris.
    En plus de ces nouvelles institutions, la loi olympique est venue suspendre les processus démocratiques habituellement à l’oeuvre dans l’aménagement du territoire en France. “Les permis de construire ne seront plus aux maires, les enquêtes publiques seront écourtées”, précise par exemple le député de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu. “On va être dans quelque chose qui ressemble à de l’aménagement autoritaire”, a-t-il ajouté.

Le Cojo (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) et la Solidéo (Société de livraison des équipements olympiques et paralympiques) n’ont qu’un seul objectif : celui de livrer et de réussir les JOP 2024.
Elu.e.s et habitant.e.s ont un tout autre objectif : construire leur ville de façon cohérente et adaptée à leurs besoins. Préserver et, pourquoi pas, améliorer leur cadre de vie ?

De ces manquements graves à la démocratie et de ces problématiques sont nés une évidence, réaffirmée pendant le débat : élus et habitants doivent nouer une alliance pour créer un rapport de force et faire entendre au Cojo et à la Solidéo les exigences et les demandes légitimes des personnes qui vivent ce territoire au quotidien et en sont les experts.

Les participant.e.s ont donc proposé :

  • de continuer la construction du contre-projet citoyen et de poursuivre son élargissement aux territoires concernés par les JO qui n’y participent pas encore mais qui le souhaiteraient (La Courneuve, Dugny et Le Bourget).
  • de renforcer par des initiatives concrètes (apéro, promenades organisées, événements sportifs, débats publics, etc) l’implication de tous les habitants.  
  • “Comme député, je suis prêt à aider le comité de vigilance, pour que les rapports de force que vous êtes en train de créer puissent être soutenus et je me mettrai à votre disposition pour le faire”, a déclaré Stéphane Peu, député de la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis.
  • de réfléchir à l’outil du référendum local auto-organisé pour avoir un impact politique fort dans la perspective des municipales de 2020.
  • d’exiger des candidats qui se présentent aux municipales sur tous les territoires concernés qu’ils se positionnent clairement et précisément sur le contre-projet citoyen.

2) Logement et spéculation immobilière

Nos territoires, qui ont si mauvaise réputation que les gens cherchaient à les fuir jusqu’ici, paraissent d’un seul coup attractifs. Et cela pour trois raisons :

  • le prix encore abordable du mètre carré ;
  • la construction de deux gares du Grand Paris Express (Stade de France et Saint-Denis Pleyel) qui renforce la qualité du réseau de transport et la proximité avec Paris ;
  • l’implantation du village olympique, du village des médias et du centre aquatique olympique pour les JOP 2024, qui valorisent l’image de nos territoires.

De ce fait, la spéculation immobilière bat déjà son plein et ce phénomène ne va faire que s’accélérer.

D’abord, les habitant.e.s déplorent que les pouvoirs publics soient dépendants de tels événements pour agir sur les problématiques de logements qui sont à la fois importantes, bien connues et depuis longtemps, dans le département.

Ensuite, les habitant.e.s du département s’inquiètent de voir cette spéculation immobilière profiter de manière opportuniste à des “résidents de passage” qui arrivent actuellement dans le 93 et qui quitteront ces territoires sitôt qu’ils pourront revendre favorablement.

Les programmes immobiliers tels qu’ils sont actuellement conçus laissent à penser qu’ils ne profiteront pas aux habitants du département, mais bien aux bourses plus favorisées dans un mouvement de gentrification, parfois clairement souhaité par certains élus.

L’action et l’attitude de certain.e.s élu.e.s sont problématiques pour une autre raison. Des logements sociaux vont être construits avec les JO, mettent-ils en avant pour rassurer les habitants. Mais ces programmes de logements vont également profiter en grande partie à des promoteurs privés, qui agissent dans une logique de rentabilité, sans souci du respect de l’environnement ou du territoire sur lequel ils construisent.

Les habitant.e.s déplorent par exemple, que suivant cette logique, une partie de l’argent des organismes d’Habitations à Loyers Modérés (HLM) va être mobilisé sur le projet de village olympique. En effet, des financements sociaux vont être utilisés au prorata des logements du village qui seront à terme transformés en logements sociaux. Les participant.e.s s’interrogent donc sur l’apport réel des JO et sur l’investissement concret des pouvoirs publics. Pourquoi mettre à contributions les contribuables au lieu d’exiger des instances olympiques, qui drainent des revenus considérables, de les payer de leur poche, au titre de l’héritage et en accord avec l’esprit olympique ?  

Un autre exemple très parlant est celui des projets qui concernent le parc Georges-Valbon et l’Aire des vents. Cette zone est connue pour accueillir chaque année la Fête de l’Humanité. Elle doit abriter le village des médias pendant les JOP 2024. Une fois les Jeux terminés, le village sera converti en 1 300 à 1 500 logements, dont une partie en logement social.

L’Aire des Vents est un espace vert public, dans un territoire très urbain et à proximité immédiate d’une zone à très forte valeur écologique. L’Aire des Vents jouxte en effet le parc Georges-Valbon, classé Natura 2 000, c’est-à-dire considéré par l’Union européenne comme un site naturel ou semi-naturel ayant une grande valeur patrimoniale par la faune et la flore exceptionnelles qu’ils contiennent, en l’occurrence ici les oiseaux.

Par définition, ces deux espaces publics appartiennent à tous. L’Aire des Vents va pourtant accueillir un projet immobilier, qui va la transformer. “Imagine-t-on la construction de logements privés en plein milieu du jardin du Luxembourg à Paris, ou au milieu du parc des Tuileries ?” s’est insurgé une membre du comité de défense du Parc Georges-Valbon. “Il faut absolument empêcher ce scandale !”, a-t-elle demandé à l’ensemble des participants.

Malheureusement les élu.e.s du territoire souhaitent autoriser un tel projet, considérant que l’Aire des Vents est en dehors du parc Georges-Valbon et que, par conséquent, n’étant pas classée, elle pouvait accueillir des logements.

Pourtant, dans le cahier des charges des JO, le village des médias n’était pas forcément prévu pour être en dur sur l’Aire des Vents, précise cette membre du comité de défense du Parc Georges-Valbon. Comme lors de la COP 21, que la France a accueilli en 2015, il était question de structures démontables.

Des usagers et riverain.e.s inquiets sont organisés pour lutter contre le grignotage du patrimoine public et écologique par les promoteurs privés. Cette vision destructrice des élu.e.s peut conduire à terme à la perte du classement Natura 2000 du parc Georges-Valbon. Et les promoteurs pourront continuer de satisfaire leurs appétits.

Un habitant évoque le cas de la cité radieuse de Le Corbusier, à Marseille. Elle risque actuellement d’être déclassée au patrimoine de l’UNESCO en raison d’un projet immobilier de tours autour du site. “Imaginez-vous si la basilique de Saint-Denis était un jour déclassée pour ce genre de raisons ?”. Ce type de problématique reste posé, tant les élu.e.s et les acteurs économiques semblent ne connaître aucune limite.

En outre, la spéculation immobilière ne doit pas cacher un problème qui est déjà bien connu dans le département, ajoute un habitant de Saint-Denis : celui des marchands de sommeil, soit des individus qui acquièrent des logements voire des immeubles entiers, vétustes, insalubres et/ou mal entretenus, dans le but de les louer à prix d’or à des personnes en difficulté sociale. Les participants appellent à une vigilance accrue sur ce phénomène déjà très présent dans le département.

Enfin, un étudiant rappelle que la question des logements étudiants doit être posée dans ces projets. Saint-Denis, avec les facs de Paris 8 et Paris 13, est très largement une ville étudiante. Les besoins en la matière continue d’être difficilement remplis et se loger reste une problématique importante pour les jeunes du département.

Les participants ont donc proposé :

  • de demander aux élus d’agir pour contenir la spéculation immobilière qui s’accélère dans les territoires concernés par les JO. Dans cet objectif, M. Gnabaly, maire de l’Ile-Saint-Denis estime que l’ensemble des collectivités doivent “plafonner les prix de sorties post-JO pour être sûr que les prix soient accessibles à nos populations”.
  • de demander à l’Etat d’intervenir pour enrayer dès à présent la prolifération de marchands de sommeil.
  • le conseil municipal de L’Ile-Saint-Denis, commune sur laquelle une partie du village olympique va être construit, a voté une construction avec 40 % de logements sociaux dont une résidence étudiante. “Sur les logements en accession libre, on a demandé que 75% de logements soient pour des résidents acquéreur et non des investisseurs”, a précisé M. Gnabaly, maire de cette commune.

Selon son programme local de l’habitat, Plaine Commune ambitionne de construire 4200 nouveaux logements par an. Le programme est en place depuis 2016 et court jusqu’en 2021. Cela représente 63 000 nouveaux logements. Avec trois habitants par logement, on peut considérer que le territoire va accueillir près de 200 000 nouveaux habitants d’ici 2024, explique un membre du comité pour l’enfouissement de l’autoroute A1. Comment va-t-il pouvoir absorber cette nouvelle population alors qu’il est déjà saturé et pollué ?

3) Les circulations et les risques sanitaires

Voici à l’heure actuelle la situation de la ville de Saint-Denis :

  • elle est balafrée par l’A1 et l’A86, des voies ferrées et un certain nombre de boulevards routiers à plusieurs voies, ce qui compose une circulation autoroutière en ville ;
  • les transports en commun sont saturés, notamment la ligne 13 et la gare de Saint-Denis ;
  • les différents quartiers sont très mal reliés entre eux et de ce fait sont isolés.

Dans tous les discours, les acteurs olympiques parlent d’excellence environnementale. Pourtant la situation déjà catastrophique de la ville de Saint-Denis sur ce plan peut encore s’aggraver avec certains projets liés aux JO et l’augmentation du nombre d’habitants sur le territoire, s’inquiètent les participant.e.s.

L’absence d’interconnexion entre l’A1 et l’A86 créent une circulation dans la ville pour les personnes qui souhaitent aller de l’une à l’autre, occasionnant ainsi une pollution de l’air et sonore pour les Dyonisiens entre le quartier de la Porte de Paris et celui de Pleyel.

Plaine commune, la ville et l’Etat avaient donc pour projet de fermer les bretelles de l’A1 Porte de Paris et de compléter l’échangeur qui se trouve à Pleyel. Soit non pas de résoudre le problème, mais simplement de le décaler sur le quartier Pleyel.

D’une part, dans le projet de l’Etat, les deux bretelles ouvertes dans ce quartier prendraient en étau le groupe scolaire Anatole France, qui accueille chaque jour 700 élèves et une soixante de personnes encadrantes, au mépris de leur santé et de celle des riverains. Les choix qui guident l’emprise de ces nouvelles bretelles semblent plus relever de la volonté de libérer du foncier pour faire de la spéculation que d’une prise en compte du cadre de vie de milliers de riverains, qui n’ont cessé d’être négligés depuis l’installation de l’A86, il y a maintenant 30 ans.

Pendant le débat public sur les JO, les différentes associations et collectifs qui en sont à l'initiative ont exposé les solutions qu'ils proposent à travers un travail de cartographie considérable, 10 mars 2019, Bourse du travail de Saint-Denis, © Marianna Kontos
Pendant le débat public sur les JO, les différentes associations et collectifs qui en sont à l’initiative ont exposé les solutions qu’ils proposent à travers un travail de cartographie considérable, 10 mars 2019, Bourse du travail de Saint-Denis, © Marianna Kontos

D’autre part, les circulations, notamment dans le secteur de La Plaine Saulnier et sur le boulevard Anatole France, sont loin d’être apaisées dans toutes les projections utilisées par l’Etat pour définir son projet.
Résultat : non seulement ce projet est polluant et met gravement en danger la santé des habitants, mais il ne résout aucun des problèmes de circulation entre ces deux quartiers.

Le développement des transports en commun doit permettre de lutter contre toutes ces pollutions qui dégradent sévèrement le cadre de vie des Dyonisiens. Certes, la ligne 14 du métro parisien va être prolongée. Mais cela ne suffira pas à répondre aux besoins du territoire, de ses habitants et travailleurs.  
Le vélo est également une solution dont la portée ne peut pas encore pleinement se déployer par manque ou absence de cohérence des circuits de pistes cyclables.
Les participants déplorent que la Seine ne soit pas pleinement utilisée pour relier les territoires. Elle serait pourtant un “trait d’union magnifique” souligne une membre de l’association La Seine n’est pas à vendre.

La seule institution qui s’intéresse de près à ses questions est la Haute Autorité Environnementale. Son rapport sur la complétude de l’échangeur autoroutier à Pleyel est accablant.

Elle a signalé qu’aucune volonté politique n’existe de prendre en compte chacun des projets et leurs impacts environnementaux en les additionnant. Avec le réchauffement climatique, le réveil risque d’être très douloureux d’ici 15-20 ans, alerte une participante qui s’était mobilisée pour la protection du parc Georges-Valbon.

Dans ce contexte, les participants ont donc proposé :

  • d’obtenir une réponse d’ici à 2020 sur la proposition citoyenne d’enfouir l’A1 sur 5 km et de traiter les effluents  ;
  • de se mobiliser pour réfléchir ensemble à des circulations intelligentes autour de l’A86 en continuant d’accueillir tous ceux qui le souhaitent pour travailler sur les projets alternatifs portés par les citoyens. L’objectif est d’aboutir à une contre-proposition cohérente et soutenue massivement face à l’Etat, à Plaine commune et à la municipalité de Saint-Denis.
  • de saisir les opportunités que nous offrent les JO pour développer un grand projet d’aménagement des berges de Seine.
  • de saisir l’opportunité des JO pour construire une circulation cyclable et de mobilité douce cohérente et adaptée à l’usage des habitants, travailleurs, etc du territoire.
  • de cesser de proposer des aménagements du territoire à coup de Zones d’Aménagement Concertées qui ne prennent pas en compte ce qui se trouve en dehors du périmètre géométriquement défini de celles-ci et aboutissent donc à des projets sans cohérence avec le reste du territoire.

4) L’emploi

Depuis 25 ans, des promesses d’emplois sont faites par les élus.

En échange le patrimoine foncier du territoire de Plaine commune a été proposé avantageusement à des sociétés. Pour un bilan bien maigre selon une habitante d’Aubervilliers : “400 emplois créés par an en moyenne sur Plaine Commune”, soit un bassin de 420 000 habitants.

Aujourd’hui, les élus annoncent que les JOP 2024 vont amener de l’emploi.

C’est une bonne nouvelle ; mais les participants s’inquiètent de la nature des emplois qui seront proposés avec les JOP 2024, notamment en direction des jeunes. D’emplois temporaires, et donc précaires, il est désormais question de stages, relève un jeune étudiant. Ce qui en terme d’opportunité et de rémunération est beaucoup moins intéressant.

Dans ces circonstances, les participant.e.s ont donc proposé de redoubler de vigilance sur ces propositions et d’exiger la transparence de la part des acteurs sur les emplois qui vont être proposés dans le cadre des JOP 2024.

5) L’”héritage”

Héritage. Le mot figure en bonne place dans les « éléments de langage » que tout candidat aux JOP se doit se prononcer en campagne. Mais, après la victoire et une fois que les Jeux sont terminés, la réalité est souvent dramatique, comme pour les JOP de Rio en 2016 ou ceux de Londres en 2012.

La question de l’héritage est d’abord celle de l’avenir des infrastructures sportives qui vont être utilisées pendant la compétition. Que vont-elles devenir, une fois que le rideau sera tiré sur Paris 2024 ?

Le Centre Aquatique Olympique (CAO) est un excellent exemple des inquiétudes légitimes qu’ont exprimé les participants. Il commence par un scandale : la ville de Paris va céder à 1 euro symbolique l’emplacement du CAO mais vendre à la Métropole du Grand Paris (MGP) les 9 Hectares de terrain restant pour la modique somme de 14,5 millions d’euros. Les contribuables, à travers la MGP, vont donc régler la facture alors que cette parcelle est située sur le territoire de Saint-Denis et que la mairie de Paris… ne l’a jamais acheté. Ce territoire lui est revenu en 1945 quand Gaz de Paris est devenu Gaz de France.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle, analogue, de la construction du Stade de France. Pour deux raisons.

La première, parce que le stade a été construit sur un terrain dans le périmètre de Saint-Denis qui appartenait à la ville de Paris. En 1995, la mairie, conduite alors par M. Chirac, avait cédé ce terrain à un euro symbolique. Un recours gracieux est en cours pour demander à Mme Hidalgo de faire de même pour l’ensemble du terrain concernant le CAO, et de ne pas le couper en deux parcelles, faisant deux poids deux mesures entre d’un côté les JOP et de l’autre le devenir des dyonisien.e.s.

La deuxième, parce que le Stade de France, propriété de l’Etat, est aujourd’hui géré par un consortium privé (Bouygues et Vinci) dont la concession arrive à échéance au bout de 25 ans, soit en 2025. Des travaux de rafraîchissement et de modernisation de l’enceinte, chiffrés à 450 millions d’euros par Vinci, sont proposés. Or, dans le protocole financier des JOP 2024, l’Etat s’engage à n’apporter que 50 millions d’euros. Qui va régler le reste de la facture ? La concession va-t-elle être renouvelée ? A quel prix ?
L’Etat, donc les contribuables, règle déjà au consortium des factures de pénalités car aucun club ne réside au Stade de France, alors qu’il avait déjà financé l’infrastructure à près de 53 %. Des dépenses épinglées par un rapport de la Cour des Comptes paru en novembre.

Pour le CAO, il est prévu un contrat du même type : une concession qui prévoit à la fois la construction et l’exploitation du centre. “On a toutes les chances de voir les mêmes dérives”, explique un membre du collectif Eau publique Plaine commune. “Et c’est pour ça d’ailleurs qu’une partie des membres du collectif ont des procédures en cours contre ces décisions”.

La collectivité a déjà été mise à contribution pour la construction : selon un élu de Saint-Denis, la ville va participer à hauteur de 300 000 à 400 000 euros avec l’objectif que les Dyonisien.ne.s puissent utiliser le centre à un prix proche de celui qu’ils paient sur le centre de la baleine.

La question de la gestion et de la durabilité de ce centre reste entière. Dans un département où un enfant sur deux entre en 6e sans savoir nager, faute de piscine, quel accès et quel place auront les Dyonisiens, les résidents des communes et les groupes scolaires alentour à cette piscine ? A quel tarif ? Comment sera géré le centre ? Par qui ?

“L’héritage ne tombera pas du ciel, ni de Lausanne, ni du CIO”, a affirmé un professeur d’EPS, représentant départemental du Syndicat National de l’Education Physique (SNEP) au débat. La question de l’accès au sport pour tous et de la construction d’équipements sportifs publics est largement posée, soulevant un “problème d’investissement dans la Seine-Saint-Denis” au profit d’espaces privés où les habitants paient pour avoir accès à la pratique sportive.

Ainsi les participants ont proposé :

  • d’interpeller Mme Hidalgo, à la fois maire de Paris et présidente de la Solidéo (Société de livraison des équipements olympiques et paralympiques) sur sa responsabilité dans la préparation des JOP 2024 et notamment sur la vente du terrain où se situe l’emplacement du CAO. Si nous exigeons qu’il soit cédé pour un euro symbolique, c’est 14,5 millions d’euros d’argent public économisés qui peuvent être investis sur un autre chantier.
  • de recueillir et de cartographier les besoins en accès à la pratique sportive, en infrastructures, en mobilité douce, de chacun des territoires ;
  • de faire entendre ces besoins à travers des initiatives concrètes comme par exemple des événements sportifs à travers la ville.
  • “Où est la place du sport de haut niveau de Saint-Denis dans ces concertations des JO ?” a demandé un habitant. La question reste entière.   

L’union des associations du Stade de France a également alerté et questionné la gestion du territoire pendant les phases travaux et durant le mois de l’évènement. L’expérience d’événements internationaux sur Saint-Denis montrent que de nombreuses questions doivent dès à présent être réfléchies avec les habitants pour ne pas réitérer les erreurs du passé, notamment sur le plan de la gestion des nuisances liés aux chantiers, sur la question des  nuisances sonores et de circulations pendant l’événement et de la sécurité.

La pratique sportive est un bon exemple des questions qui se posent quand à “l’héritage” olympique. Mais que ce soit en matière de logements, d’emplois, de transports, de pollutions ou d’éducation, des questions se posent dans le département le plus discriminé de France.

Tous les participants ont bien conscience que les JOP 2024 ne vont pas régler tous les problèmes du territoire. Mais le comité de vigilance JOP 2024 a conclu sur l’idée que l’argent qui va y être investi – entre 1 et 1,5 milliards d’euros – doit permettre d’obtenir des aménagements améliorant nettement le cadre de vie des habitants. Passer à côté de cette opportunité en ne se mobilisant pas, c’est risquer de retomber aux oubliettes pour une durée indéterminée.

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